Tu culpabilises en temps de crise ?



Je ne sais pas comment introduire cette newsletter. Au moment où j'écris, je ne sais même pas quel titre je vais lui donner. Ce que je sens, c'est un bouillonnement à l'intérieur de moi, de la colère et de la rage. Donc : y'a des gros mots. Oui. Et ce que j'écris ne va pas plaire à tout le monde. Oui. Je vois fleurir sur les réseaux sociaux nombre de publications qui ont en commun cette trame de fond : « La crise que nous vivons nous pousse à nous questionner sur notre réalité actuelle et sur les réels besoins de la société, de la planète. » Les conversations que j'ai pu avoir ces derniers temps avaient, chez les personnes avec qui j'échangeais, cet arrière-goût de " Mais je me sens pas utile ! Et puis quel sens ça a de faire ce métier avec ce qu'il se passe aujourd’hui dans le monde ?? " Face une situation si extraordinaire, les questions existentielles ressortent : PARFAIT ! Je ne peux qu'abonder en ce sens !! Oui posons nous des questions (un peu), et tant qu'à faire, posons nous les BONNES questions. En premier lieu, partons de ce qui émane de ces constats :

  • Désirer une vie qui a plus de sens : c'est tout à fait légitime. Et sain.

  • Le besoin de se sentir utile : ça peut être intéressant, mais pas nécessaire.

Je crois que certaines personnes ne ressentent pas ce besoin profondément. Être utile à la société n'est pas leur objectif number one, et pourtant cela ne les empêchent pas d'y contribuer à leur façon sans que cela soit pour autant une priorité absolue.


Mais, est-ce suffisant d'avoir un métier, une activité, une vie qui a du sens ?

Est-ce suffisant d'exercer un métier reconnu comme étant « utile » par la société, par les valeurs morales d'un je-sais-pas-qui (généralement à tendance judéo-chrétienne) ? Ce je-sais-pas-qui pouvant être représenté par tes parents, ta mamie, tante Jeannine, ou même ta bande de potes. Est-ce suffisant pour être à l'aise dans tes baskets et bien dans ta vie ? Est-ce que si j'étais une « trader en pleine prise de conscience sur le non sens de mon métier » et que j'opérais une reconversion en tant que (au hasard) infirmière / institutrice / agricultrice bio / travailleuse sociale / salariée ou entrepreneuse dans l'économie sociale et solidaire, ça ferait automatiquement de moi une personne épanouie ? : NON. Un exemple très concret pour illustrer cela : moi ( tant qu'à faire, utilisons les ressources locales ! ). Aujourd'hui, ce qui me fait vivre financièrement ce n'est pas le massage ( pas encore ), mais le métier d'aide-soignante : c'est mon activité principale. Métier ô combien louable, c'est pile poil le genre d'activités qui coche toutes les cases du 100% utile :

  • dévouement

  • sacrifice

  • vocation

  • abnégation

  • empathie

  • aide aux personnes vulnérables, parfois en situation de misère sociale.

En terme d'utilité publique on peut pas faire mieux je crois : 10/10 sur l'échelle du « Ah mais toi au moins c'est utile ce que tu fais, tu sers VRAIMENT à quelquechose ». Sous-entendu « Puisque c'est utile, ça a donc forcément du sens > donc c'est important, nécessaire, ça a de la valeur, ça compte plus qu'un autre job du style : chef d'équipe dans la logistique pour les magasins But ».

Et donc, je repose la question : mais est-ce que cela suffit pour se sentir épanoui.e, et kiffer sa vie ? Re-non. Aujourd'hui c'est mon taf, et pourtant c'est pas à cet endroit que je m'épanouie le plus. C'est pas là que je trouve du sens, c'est pas là que j'ai le plus de plaisir à être [ et c'est pas juste en lien avec la période ]. J'y suis, pour l'instant, c'est un fait. Mais je sais pourquoi j'y suis venue et je sais depuis le début que c'est pas mon désir profond, que mon kif est ailleurs, et que j'y vais !! Par contre, si j'ai envie de me faire croire que pour avoir une vie qui a du sens, il faut que l'utilité prime sur le reste, alors là oui, j'ai tout bon et on peut me filer la médaille de Mère Thérésa direct ! Sauf que moi, c'est pas mon objectif d'être une sainte dans la vie. Mais alors pas du tout !!! L'amour de l'autre avant l'amour de soi = gros bullshit. Aller soulager les manquements des autres ( même de façon inconsciente ) pour ne pas aller voir les siens, pour ne pas aller voir là où tu n'écoutes pas tes propres besoins = bullshit. Te faire croire que ceux qui sont plus fragiles ou plus vulnérables ont plus besoin d'aide que toi = gros bullshit. Si l'énergie derrière tes motivations d'utilité, de sens, c'est d'aller sauver la misère du monde (ce qui est souvent le cas et ce qui est souvent pas vu ) parce qu'au fond, tu ne veux pas aller voir ce qui te fait vraiment vibrer, parce que tu ne veux pas aller écouter ce qui te donne du plaisir, de l'énergie, là où tu t'épanouis et là où tu peux utiliser tes talents : ben bullshit quoi !!!

Le sens sans la jouissance, ça ira dans le mur à un moment ou à un autre, inévitablement. Et l'inverse est tout aussi vrai.


So what ? Se sentir utile, se sentir à sa place vient de l'alliance des 2 : sens ET jouissance. Ça part de l'intérieur de soi et pas d'une injonction morale extérieure (si fortement présente dans notre société qu'elle intégrée de façon inconsciente). Quand je dis " ça part de l'intérieur de soi ", ça veut dire que ça demande une écoute très fine de tes désirs, de tes rêves. Une écoute de ce qui t'anime, te met en mouvement intérieur (et oui, surprise, ça se passe dans ton corps tout ça). Et une honnêteté radicale sur comment tu vis et ressent ta situation actuelle. C'est seulement à partir de ce niveau de sincérité envers toi que les morceaux du puzzle vont s'ajuster et trouver leur place naturellement ! Alors dis moi, est-ce que cette période te fait te poser ce genre de questions ? Comment y as-tu répondu ? Quels moyens as tu mobilisé pour y voir plus clair ? Dis moi en commentaires de cet article, ce sera toujours un plaisir de te lire !

0 commentaire

Posts récents

Voir tout