La première fois où....



Ce mois-ci on fête le Printemps ! Oui, tu as bien lu : le Printemps . Selon la médecine chinoise, ce nouveau cycle saisonnier a débuté le 7 Février. Si tu observes finement ce qui se passe dans la Nature, autour de toi, et si tu sens encore plus subtilement ce qui se passe en toi, peut-être sauras-tu voir et ressentir le Printemps qui est là. Les bourgeons font jour, la sève des arbres et l'énergie remontent. Ce qui était encore sous terre il y a quelques semaines, en dormance, se révèle à la lumière. Tout se réveille, en dedans et en dehors. Le mois de Février c'est également celui où l'on fête les amoureux. Les amoureux et le Printemps, cela m'évoque un moment particulier : celui des premières fois. La première fois où les bourgeons pointent le bout du nez, présentant au monde leur délicate et tendre fraîcheur. La première fois où les amoureux se sont rencontrés, la première fois où ils se sont parlés, regardés, écoutés : souvenirs pleins d'émotions, d'intensité - et souvent de franche rigolade. Des premières fois j'ai eu l'occasion d'en être témoin à maintes reprises ces dernières semaines. J'ai en effet reçu plusieurs personnes qui n'avaient jamais été massées, ou d'autres qui n'avaient pas pris le temps de se faire masser depuis de nombreux mois, voire années. Cela me touche de voir ces personnes faire le choix de prendre rendez-vous avec elles-mêmes. Cette démarche, courageuse - car il en faut du courage pour s'en remettre entre les mains de quelqu'un - m'émeut toujours. Cela me touche, parce que la personne peut ressentir de l'appréhension, voire peut-être se sentir un peu fébrile lorsqu'elle s'allonge sur le futon (je masse au sol, sur un matelas). Il peut y avoir une certaine intensité - même si c'est à un.e professionnel.le que l'on s'adresse - et pour cause : cette démarche est loin d'être anodine. Qu'est-ce que le corps va pouvoir révéler de mémoires enfouies, de carapaces endurcies par les années ? Qu'est-ce que cache l'écorce de nos peaux ? Comment l'épiderme va-t-il réagir au contact des mouvements impulsés par les mains du masseur ? Comment cette articulation contractée va-t-elle se laisser approcher ? Comment les tensions vont-elles s'accorder un laisser-passer vers la détente ? Tout ceci, on ne le sait pas d'avance. On ne peut pas prédire ce que le massage va réveiller, révéler, et c'est ce qui rend la démarche vulnérable. C'est précisément cette vulnérabilité qui me touche, par la confiance qu'elle sous-tend. C'est précieux, et c'est d'elle aussi dont je prends soin lors de la séance. En tant que masseuse, je continue moi aussi de me faire masser. Cela peut vous sembler logique, normal, évident et tant mieux ! ( mais je vous assure que dans la réalité du métier, ce n'est pas le cas de tous les praticien.nes...). Je continue de recevoir des massages pour mon "écologie intérieure", pour découvrir de nouvelles techniques, rencontrer de nouveaux collègues. Mais surtout : pour ne pas oublier ce que cela fait " la première fois ". Je ne veux pas oublier ce que cela fait de rencontrer un.e praticien.ne inconnu.e, de rencontrer de nouvelles mains ! Je ne veux pas oublier la légère appréhension, le petit frisson, les échanges, l'accueil. Je ne veux pas oublier ces sensations, parce que ce sont celles que vous vivez, ce sont elles que vous ressentez lorsque vous prenez rendez-vous avec moi pour la première fois, et je ne veux pas " passer à côté ". Cela fait partie, pour moi, d'une certaine posture professionnelle, d'une éthique. Comment transmettre quelquechose en ayant oublié ce que cela fait de recevoir ? Dans les métiers de relation, d'accompagnement, savoir ce que cela fait d'être de l'autre côté, " à la place de l'autre ", est primordial. Et lorsque le corps est au centre de la pratique, cela me semble encore plus nécessaire... pour ne pas oublier l'humanité et la vulnérabilité qui nous constituent. Je vous souhaite un beau Printemps, comme si c'était le premier !

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